Respiration

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Aube de printemps

  

Mars : l’aube a l’haleine acide !

Je trouble son cœur régulier

En piétinant sa chrysalide

Qui ne connaît pas l’heure d’été…

 

Accroupi, je hume la rosée…

Puis, roule une pincée de glaise,

La terre entre mes doigts crottés

Dont l’âme enfume les mélèzes…

 

Autour, les feuilles répercutent

L’écho des premiers chants d’oiseaux,

Comme autant de pipeaux, de flûtes

Enjoués au seuil du jour nouveau…

 

Je vois devant les éventaires,

Lentement s’épanouir les fleurs

Que lumière et vent régénèrent

En mille sourires de couleur…

 

Et le printemps doux du matin

Se répand sur la nature vierge

Qui verdoie contre nos parpaings

Dès qu’un rayon déploie sa verge.

*

*

Métamorphose

 

Chaque chose, toute chair

Aux lumières écloses

Expose sur la terre

Sa fière apothéose !

 

Puis s’altère, se nécrose…

En moroses austères

Nuits, amères psychoses,

Lœss de cimetière…

 

Poussières délétères

Que l’univers dépose !…

Mais recompose entière

Matière à bonne chose !  

 

Où se terre le virtuose

Eternel dans l’éther,

Père des métamorphoses

Qui enterre le mystère ?

 

Dieu, cause originaire ?

Un alter ? Autre chose ?

…L’aube rose réitère

Les critères de symbiose…

 

Au grand air sort, grandiose…

Vert de dessous la terre,

Un lierre…la passe rose,

Explose !…se régénère !

*

coquelicots

Le coquelicot

 

Dès que l’aube s’embrase

Et gagne de nouveau

Sur la campagne rase

La robe du coquelicot…

 

Rouge sang cardinal

Se fend au bord des champs,

De quatre grands pétales

Papillonnant au vent…

 

Quand l’horizon s’éclaire

Et qu’enfin la nuit rend

Les ténèbres à l’air

Limpide et transparent…

 

Le coquelicot dru

Monte au soleil l’étoffe,

Dont il a revêtu

Sa jambe, et la réchauffe…

 

Au loin, la vie s’éveille…

Sur la terre reconquise

Des flux d’ailes vermeilles

Circulent dans la brise…

 

Jusqu’à perte de vue…

Exhalant la couleur,

Des vastes étendues

Couvertes d’une fleur !

*

Footing

 

Le craquement des gravillons

Au petit matin m’accompagne,

En troublant le calme profond

Qui recouvre encore la campagne…

 

Moins longue est la route devant,

Qui m’attire vers l’horizon…

Lorsqu’un désir âpre me prend

D’en  dévorer quelque portion !… 

 

Mes jambes sans efforts s’activent,

Mues par un flux d’exaltation !…

Comme des puissants ressorts suivent

Le train de mes inspirations !

 

Je coure, je file, je me dépêche…

Toujours plus vite…à perdre haleine !

Dans les essences d’herbes fraîches

Jusqu’où les hormones m’entraînent…

                                                                       

Pourquoi ? Pour qui ? Quelqu’un qu’on viole ?

A cette allure là, pour le moins !

Prêter main forte, tenir au sol

L’aurore aux portes du matin !

                         dsc_0292

 Illustration: http://www.freellium.wordpress.com

*

Courir

 

L’obscurité m’aère

Le soir, les rues du bourg !

Où je me sens plus fier

Quand s’éloigne le jour !…

 

Sans en bouche ce goût…

Acre de l’atmosphère !

Que de rares phares trouent

En fins rais de lumière !…

 

L’ombre est l’habit qu’il faut

Pour ressortir des coins !

Chaque pas comme un saut

Par-dessus les jardins !…

 

Je franchis résolu

Même des esplanades !

Conscient dès que je sue

De n’être pas malade !…

 

Et pendant ces minutes

Où les routes sont vides,

Même sans aucun but

Je cours à toutes brides !

*

Lune rousse

 

Plantées droites sur la crête,

Comme des allumettes,

Ces tiges aux pointes rousses

Frottaient la Lune en douce…

 

Quel spectacle grandiose !

Que la Dame au cul rose

Raclant de l’horizon

La cime en pâmoison !

 

Oyez les geignements

Qu’emporte loin le vent !

Demain vient accoucher

D’une belle journée !

 

Sous les yeux malicieux

Des gars de la montagne ! …

Le regard globuleux

Des dieux les accompagnent !

 

Mais l’habitant des plaines,

Dessous sa rondeur pleine,

Ne vit d’étoiles au ciel

Que quelques étincelles !

*

Orpailleurs

 

Ah ! Le bel arc en ciel

Qu’arbore une éclaircie !

Sur la barque si frêle

D’une aurore de midi !

 

Elle annonce l’été !

Qu’entre deux renoncules,

Viendront se faufiler

Gentes bleues libellules !

 

Nous patients de compter

Dessus…les pieds dans l’eau !

Écopant des journées

Les crues de nos ruisseaux !

 

Mais soyons niquedouilles !

Orpaillons le printemps !

Allons chercher Bredouille

Les rayons en torrents !

*

Le vent

 

Souffles vent ! Mais dans quel but

Incarnes-tu les grands Décembre

Et timidement frappes-tu

A la lucarne de ma chambre ?

 

Aérophage, plus sauvage

Pour qu’enfin regagne l’été…

Allez ! Dégages les nuages

Aux montagnes bien cramponnés !

 

De magistraux coups de mistral

En reprises d’hiver fougueux !…

Des shows éblouissants d’étoiles

Te vaudraient un air audacieux !

 

Tu passes hélas ! et sans tacler

Ras l’herbe grasse du terrain

Où les balles de foin shootées

Sur les regains rouleraient loin !

 

Frêles rivaux au pied de cire

Que tu dribbles dans les vergers,

Les cerisiers à revêtir

D’ostensibles couleurs saignées !

 

Joues, cours ! expédies sans contrôle

Au fond des filets ennemis

De ces boulets qui trouent les goals !

Pas des ballons pour otarie !…

 

Tandis qu’à l’abri dans ma cage

Dont tu n’atteins pas la chandelle,

Je crie, je conspue l’arbitrage,

Qui retient les volées de grêle !

*

Le cœur qui bat

 

Ma fille, écoutes ton cœur ! il ne sert pas qu’à battre !

A cogner des valvules au rythme de systoles,

Pour que tu gesticules pour que tu caracoles !

Les malheureuses heures qu’une vie peut abattre !

 

A regonfler ces fières poitrines assassines,

Qui répandent par terre au moment de combattre,

Par dessus la terreur ce liquide rougeâtre

Au milieu des clameurs, des chœurs qui tambourinent !

 

Saignant par tous les pores du découragement,

Il peut pleurer ton cœur, ses illusions perdues !…

Et se serrer si fort qu’il n’y reste alors plus

D’amour à l’intérieur que des gouttes de sang !

 

Pourtant, si tu l’écoutes, ce cœur qui bat partout…

Tu sauras qu’il contient la cathédrale de Chartres,

De Paris, d’Amiens toutes !…enchâssées dans le tartre…

La paix des chérubins ralentira ton pouls !

En bon ordre

 

Gravir la montagne…essoufflé,

Épuiser tout l’air de l’espace,

Compter ses pas…de force las,

Un instant s’arrêter, souffler…

 

Ou sur un bon rythme trouvé,

En transpirant de meilleure grâce,

Sueur et poussière mêlées en crasse,

S’écouter vivre, respirer…

 

Cogner son cœur dans sa poitrine,

Un peu plus battre la chamade…

Avec une chute en cascade

De pierres au fond de la ravine…

 

Vous ne les accompagneriez

Pas volontiers jusqu’à la marre…

D’âme plus chèvre que canard !

Arrivé, s’asseoir…et trouver…

 

De ce point de vue, qu’à tout prendre,

En bas les gens, les véhicules…

Dans les rues en ordre circulent…

Alors seulement redescendre !

*

Mon amie

 

Elle comprend si bien, mon amie,

Dans l’étendue de mes non-dits

Les plus ténus sous-entendus…

Elle sait…mes sentiments à nu !

 

C’est sans réfléchir qu’elle répond

D’un sourire à mon intention !

Qu’à l’unisson, main dans la main,

Nous prenons un arrière-chemin…

 

L’évidence dans le silence !

L’accord est l’air, nos rêves dansent;

Entière, la confiance enserre

Nos pieds en cadence régulière !

 

Sans le besoin d’une parole,

Juste le bras sur ses épaules,

Je sens toujours de loin venir

Ses francs, ses frais éclats de rire !

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Illustration: www.freellium.wordpress.com

*

Mireille

 

J’aimerais tant lui chuchoter,

Ce que mon cœur veut, sans oser:

Qu’elle est belle comme le soleil

Mireille tout au creux de l’oreille…

 

Le jour où j’irai sans complexe,

Au-delà des barrières du sexe,

Juste lui proposer ma main,

Pour faire un tour dans son jardin !

 

Mais elle est si inaccessible !

Qu’il me semble même impossible

Qu’elle puisse à quiconque accorder

Le premier souffle d’un baiser !

 

A la fois présente et lointaine

J’en connais pourtant, des dizaines…

Quand elle apparaît, sous le ciel

Éblouissante, à ne voir qu’elle !

 

Alors je reste condamné

A l’aimer dans l’obscurité,

En silence à me ressasser

«Mireille !» pour l’éternité !

*

Brin de causette

 

Cet été j’ai choisi Cosette !

Pour juste lui causer un brin…

L’amuser brindezingue, chouette !

Lui bécoter aussi la main…

 

Si beau brin de fille, brunette,

Au teint dont Juin brunit le grain !

A ses cheveux une violette,

D’un champ de brindilles est l’emprunt.

 

Joliette toute pour moi faite…

Le soleil lui la picore bien !…

Pour combien d’or pareille fête,

Qu’aussi j’y grappille à ma faim ?

 

Pour un brin…un brin de toilette,

De mes lèvres contre ton sein,

Qu’on s’asseye là, l’herbe est verte !

Si Brin sur Seille te convient, viens !…

 

Je pourrai te conter fleurette,

De près respirer ton parfum,

Si seulement tu voulais, Cosette,

M’offrir le bouquet de ta main !

 

Elle ne me trouve pas assez brun…

Au premier embrun casse net,

Et nos baisers s’arrêtent au miens,

Moi tout bête, assis sur des bêtes…

*

Elle et moi

 

Dans la clairière charmante

De première nuit ému,

J’avais planté ma tente

Auprès d’une inconnue…

 

Au matin revenu,

Nous nous sommes trouvés

Ensemble, seuls…perdus !

Sans savoir où aller !…

 

Alors nous avons pris,

Tous les deux, elle et moi,

Nous quittant le parti

Prudent d’en rester là.

*

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Franchement

 

Ah ! si j’avais d’autres recours,

Ou de moins mauvais stratagème…

Pour lui déclarer mon amour

Que de lui bredouiller…je t’aime !

 

Adam n’ayant qu’Ève devant,

En guise de premier discours,

Mord dans la pomme à pleines dents

Sans lui faire la bise ni la cour !

 

Ces trois mots là en disent trop !

De mièvreries en pseudosciences,

Des embrouillaminis mélos

Pour un lièvre de circonstance !

 

Les fleurs, le ciné, le resto…

Reniflent sitôt le complot;

Autant pour la gifle tantôt,

Rustaud l’emmener…au zoo !

 

Mais au jeu de la séduction,

Le silence ne peut valoir

Le feu d’une conversation,

Reconnaissance de sa part…

 

Un homme n’avoue ses sentiments

Qu’à l’instant proche de mourir !…

C’est voyez-vous précisément

Ce que cette approche m’inspire !

 

Dois-je admettre que je suis lâche ?

De n’en pouvoir crier aucun

Quand de mon être un doigt s’arrache,

Sans réclamer un médecin ?

 

A quelle loi suis-je soumis,

Qu’un garçon devrait reconnaître ?

Moi ! dans le choix de mes amis

Qui n’ai jamais connu de maître ?

 

Ah ! si j’avais d’autres façons

Que dire cette formule blême…

Sans les trompettes, les violons,

Pour lui montrer combien je l’aime !

*

Mon inconnue

 

Vis-tu dans ce que j’ai rêvé ?

Perdue dans ce que j’ai vécu ?

Quand viendra-tu me fiancer

Je t’en prie, ma belle inconnue ?

 

Toi ma moitié, ma destinée,

T’ai-je croisé un jour de neige ?

Farouche à la fête, gâchée,

Planté comme une souche à mon siège ?

 

D’un nom qui n’était pas le leur,

Quelques venues, à demi-nues,

Ou niaises je leur ai fait peur…

Tous ces culs de chaises connus !

 

Je ne cours pas à droite, à gauche,

Trop prudent dans l’incertitude !

Quand je butte, ma main  n’accroche,

Qu’une roche de solitude !

 

A moins que tu ne sois pas née,

Fleur des prés qu’un autre a cueillie…

Pour te laisser après faner…

Et moi qui te cherche, chérie !

*

Rencontres

 

N’avons nous fait que nous croiser,

Au gré des chemins, par hasard ?

Prétextant des trains en retard…

Comme des humains bien éduqués !

 

N’avons nous fait que nous croiser,

Tous les matins dans des couloirs,

Sans aller plus loin qu’au départ,

De regards en coin échangés ?

 

N’avons nous fait que nous croiser ?

Les mains bien sur notre devoir,

A chacun son destin, sa gloire !

Mais comment demain nous trouver ?

 

N’avons nous fait que nous croiser ?

Toujours pleins d’égards et d’espoir…

Ou craint nos rêves de les voir,

Enfin se matérialiser ?

*

Copains clopant

 

A deux pas d’un bal qui piétine,

Un vieux phono tourne un manège…

Parfois le disque dans l’air neige,

Et dessous ronfle la platine !…

 

Le son y perpétue la joie,

La traditionnelle émotion !

Aux fidèles imitations

Des chevaux qui ruent dans leur bois !

 

Mais le forain lui, l’apprécie !

Plus que huées et basses profondes

Du bal chagrin quand sort du monde,

Dehors, pour respirer la nuit !

 

Malgré que le rythme transpire,

Ils ont le cœur lourd de n’avoir,

A cent, encore pas su ce soir

Conquérir le rire, ni partir !

 

Alors comme eux, sans se lasser,

Des années qu’avale le temps,

Manège et bal, copains clopant

Tous deux continuent de tourner.

*

Fête à Nancy

 

Fête à Nancy, elle doit rentrer des sports d’hivers !…

Pull-over échancré, trimbale son teint mat, 

Fière, insolente, au bras du gars qui la convoite,

A travers la fumée des crêpes, hamburgers !…

 

Par malchance il commence à pleuvoir dru, glacial !

Sous la lumière des spots aux arbres suspendus…

Mais pour garder l’ambiance, les notes s’évertuent…

A regagner sans fautes une lutte inégale !

 

Bientôt sa permanente orgueilleuse…s’étale !…

Comme une tranche de jambon ! Mais elle…s’en fiche,

La digne biche !…quand à son mâle elle consent: « chiche ?…»

Sans se gêner, tel quel, il lui soutire un râle !

 

Finie la fête ! Elle prend dans ces bras l’animal…

Gagnée avec la veine de son tireur d’élite !

Moi, je pense aux semblants, respectifs mérites,

Et si la Volkswagen vaut la beauté du hâle ! 

*

A béquilles

 

J’hiberne, mal, en peine…

A compter des semaines,

Les heures qu’elles contiennent

Au creux d’une vie vaine…

 

Tel un ver dans sa noix !

Je peux vivre des mois

A l’abri bien chez moi,

Mais pour devenir quoi ?

 

Une larve chétive

D’un abricot captive ?

Comme un noyau d’olive…

Alors que d’autres vivent !

 

Je parodie, je mime

Celui qui envenime…

Au meilleur de ma gym  

L’ondulation m’anime !

 

Je danse, enfin…je boite !

Quand la jambe me gratte

A finir névropathe

Au fond d’une autre boîte !

 

Sous le ferme épiderme

Où la gêne l’enferme

Se peut-il à son terme

Qu’une graine regerme ?…

 

…Qu’à prestes coups d’aiguille,

De bec, de béquille…

J’ébrèche ma coquille

Et coure après les filles ?

*

Leçon de choses

 

Les baisers d’un ami

Ne sont que quelques fleurs !

Au bord d’un paradis

Cultivé dans ton cœur…

 

Dedans en vase clos

Des bouquets s’épanouissent !

Mais sans un filet d’eau…

Lentement ils flétrissent !

 

Les baisers d’un ami

Ont des parfums, senteurs…

Oubliés qu’un mari

T’offrait main sur le cœur !

 

Les baisers d’un ami

Sont lancés dans le vent,

Assez pour des semis

Qui deviendraient géants !

 

L’un régénère la joue,

Le fond de teint trop pâle,

Sans s’étaler, plus doux

Qu’un revers de pétale !

 

L’autre retient la main

Sur laquelle il repose,

Le seing de son soutien

Éternel et sans clauses ! 

 

Ceux qu’un amant propose…

Ô combien incertains !

Même s’il en appose 

Par trois ou quatre cent !

 

Quand les baisers d’un père

Obligent, enracinent,

Eux: pensées éphémères,

Des tiges à bassines !

 

Les baisers d’un ami

Comme des boutons de rose

Entrouverts à demi

Que seule la candeur ose !

 

Mais ces boutons de fleurs

N’ont d’autre raison d’être,

Que d’éclore en douceur,

A l’amour prêt à naître !

*

Mélanie

 

Elle ne se sent pas maladive,

Joues bien roses et bras potelés,

Le doigt sur un fil de salive

A sa lèvre comme étonnée…

 

Que font alors tous ces visages

A se pencher sur son berceau ?

Si ce ne sont pas des rois mages

Venus apporter du lait chaud ?

 

La main d’un intrus malhabile

Qui l’appelle «Mélanie !» bas,

Recoiffe à l’envers son sourcil:

Ses cheveux encore ne poussent pas !

 

A t-elle choisi pour ses parents

Vraiment ces deux personnes assises ?

Avec leur minois innocent,

Et leurs mains dans la sienne prises ?…

 

Elle ouïe assourdis des murmures…

Eux:  » Qu’elle est chou ! » Elle: « Qu’elles sont sottes !

Toutes attendries de leur figure,

Et ces bonshommes qui toussotent »!…

*

Je pourrais être moins docile,

S’ils continuent leurs chuchotements,

Et sans de quoi téter tranquille,

Être prise de hurlements !

*

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*

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Photo Jacqueline

Le toboggan

 

Au sommet parvenue

Elle se redresse, inhale…

Puis adresse un salut

Digne d’un général…

 

Un cri sort de la foule

Qui la supplie: «Descends !»…

Mais elle se jette en boule

Dans le vide sciemment…

 

Et atteint, la gageure,

Sans le moindre hurlement,

Sans une égratignure

Le bas du toboggan.

*

Moi

 

Les nuages au-dessus de toi

Qui tombent en eau sur les toits,

Les arbres même les plus droits,

Mais qu’un jour, l’orage foudroie…

 

Le soleil d’été dont tu vois

L’ombre s’écraser sous son poids…

Ni la tempête qui s’abat,

Ni la neige à fondre deux fois…

 

Le temps qui te compte: un, deux, trois…

Que tu t’en repartes, à l’étroit, 

La mort qui te tire par le bras

Quand la vie te pousse déjà…

 

Ne feraient de ton lieu grand cas

Que tu cries où que tu pries bas !

Si Dieu, lui, ne le faisait pas !

Petit homme qui dit toujours « moi…»!

*

Souvenirs d’enfance

 

Si je pouvais encore, aujourd’hui comme hier,

Lorsque j’étais l’enfant que protégeait sa mère,

Sortir libre dehors, naïf et inconscient !

Sentir passer le temps n’avait rien d’inquiétant !

 

Nous n’avions qu’à guetter, dans le bruit des gamelles,

Que sonne la trompette des repas solennels,

En attendant, qu’à jouer, entre frangins, copains,

A rogner la baguette de sa croûte de pain !…

 

…En revenant le soir de chez la boulangère…

Qui parce que nous avions les cheveux longs naguère,

Demandait au hasard: « Et pour ces…demoiselles ?…»

Mais nous lui pardonnions…mieux contre un caramel !

 

C’est vrai ! qu’à tour de rôle, nous mettions le couvert !

Pour le débarrasser, un peu moins volontaires !…

Ne partions à l’école qu’après avoir fissa

Fait notre lit, ranger, tout bien comme il se doit !

 

Ces soucis s’arrêtaient en juillet à savoir :

Où partir en vacances et quels amis revoir…

Aucun moment jamais, plus tard ne fut égal

A ces journées d’enfance où tout était régal !

*

Les fous alliés

 

Nous nous étions nommés, fiers, les fous alliés !

Il nous aurait au moins fallu la camisole

Pour ne plus nous trouver, même frigorifiés,

A jouer entre copains dans la cour de l’école…

 

Nous sentions davantage le trou dans le goudron

Que celui au genou du pantalon de tweed,

Tant le cœur à l’ouvrage et la concentration

Requis à chaque coup élevaient un caïd !

 

Bibi était un maître dans le tir au calot !

Spécialiste depuis le jour de son baptême,

Où disait-il le prêtre, lui avait sur la peau,

Tracé la marque à vie d’un bon viseur au chrême !

 

A la tirette à croire qu’il jetait corps et âme,

Ses billes vers la cible, les yeux du bout des doigts !…

Qu’il astiquait le soir avec des chiffons d’arme

Réglant l’affaire, paisible, à dix ou trente pas !

 

Une Agate valait deux Terre, une Encre trois…

De fait, notre pactole, lui, s’amenuisait moins,

Car nul ne contestait notre implacable loi !

Que les puits de pétrole anglais ou saoudiens ! 

 

Quand ils sont arrivés avec leurs bottes en cuir !

En déchirant les trousses, en shootant dans les billes !…

Et tous les coups de pieds alors qu’ils se permirent

Firent autant que la frousse crouler notre Bastille !

 

La vie crevait sans dire nos premières illusions 

Réglait la succession, saignait nos privilèges !

Mais restaient à venir de belles collections

Encore de jeux, chansons, rires, boules de neige !

*

Course de vélo

 

Bien posé sur sa bicyclette,

Filant comme vent sous la grêle …

Le premier, loin devant, en tête,

Déboule au coin de la ruelle…

 

La course est quasi quotidienne !

Les mères ont garé leur poussette,

A demi fermé les persiennes,

Derrière bougonnent, font la tête !

 

Passent le second, le troisième…

Le peloton…les attardés…

Devant : la classe , au fond : la flemme;

Tous y vont…même les moins doués…

 

Quand le désastre se produit…

Un grand gaillard haut sur sa selle,

De la trajectoire dévie…

Et s’encastre dans une poubelle !…

 

Dans un grinçant fracas sonore

D’os et de ferraille écorchés,   

A la fois le gars, le record,

Pour la médaille d’or…tombés !

 

Le suivant de justesse l’évite…

Ne jetant qu’un œil incrédule,

Sans pour autant rouler moins vite

A l’adresse de ses rotules !

 

«Vas y ! On est pas des donzelles !»

Lui balance alors ce morveux,

Debout droit sur ses manivelles,

L’offense et le crachat furieux !

 

C’est le dernier, compatissant,

Pourtant blasé de l’avatar,

A la vue du tableau sanglant

Qui s’arrête et tend son mouchoir…

 

…Généreux jusqu’en ses paroles:

« T’as bien mangé !… Quelle gamelle ! »…

« Encore heureux, t’as eu du bol,

T’as pas cabossé la plus belle ! »

 

D’ailleurs, les autres le surnomment

Avec affliction l’épluchure,

Ou le trognon, d’après la somme…

La profondeur des éraflures ! 

 

 A l’arrivée qui le peut crisse ! …

Sur la place devant l’église,

En y laissant de son pneu lisse,

Son empreinte, sa trace grise.

 

Tous se ruent sur l’eau d’office !…

Sauf un bien sûr ! chu dans…le vice !

A l’école connu jadis

De l’alcool…à quatre vingt dix !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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