Après tout

La guerre du Koweït

 

Glorieux et fameux combattants, tant

Animés de rage guerrière, hier

Juste redescendus d’Iran, rangs,

Adorateurs d’Allah, du livre ivres,

Dont la parole fleure l’absinthe sainte,

S’apprêtent au grand sacrifice, fils,

Trouvent nourriture en prières, air,

Fiers arabes à peau cuivrée, vrais.

Ils creusent un peu partout des trous, où ?

Depuis qu’ils sont dans l’émirat, rats;

Leur armée dit-on est sans nombre, ombres,

Il n’apparaît pas un canon, non !

Qu’en surface des chars gonflables, fables !

Belle assurance en ces leurres leur,

Et quels crocs a leur président, dents !

Il n’en sort qu’un nom de sa bouche: Bush !

Quand il souffle dans sa trompette, pète

La menace d’enflammer l’Orient, riant.

L’humanité en général râle,

S’en aller pour mourir là-bas, bah !…

S’enliser dans une autre guerre…guère !

Ne venir en terre musulmane, manne,

Que pour voir ce précambrien, rien !

Attila pilleur de pétrole, rôle,

Aux puits que ce faux koweïtien tient.

Incendier c’est tout ce qu’il peut, peu !

Fissurer le sol de ses bottes, hautes !

Mais que faire sans les militaires, taire ?

Et l’un d’eux déclare ardemment, ment:

«Voilà déjà plus de six mois, moi,

Que me nargue cette effigie, GI !

Sus au dangereux fou Chiite, sheet !

Qui ne respecte pas le droit roi»;

«Américain, en avant! perces perses !

De ta baïonnette, ton couteau, tôt,

Mieux que les effets du blocus eussent !»

S’ils pouvaient avant s’évanouir, ouïr,

Le grondement sourd à leurs portes porte,

Le cliquetis des carapaces passe,

Les cuirassés de cent mille tonnes tonnent…

Et Dieu fasse enfin qu’ils redoutent, doutes…

Car eux loin de s’en émouvoir, voire,

Boivent aux terrasses s’en s’inquiéter, thé.

Ces malins escomptent de l’eau, haut,

Ou que l’opinion se divise, visent,

C’est la jihad que ces veules veulent !

Sus! Avant que ne vienne mai! mais…

Comment convaincre Gorbatchev chef,

A Paris d’autres indolents lents,

De ne faire de Londres à Pékin qu’un ?

On fait quelques gestes à l’est lestes !

Les Irakiens à l’ONU huent !

Des otages en boucliers liés,

L’ennemi qui de l’infini nie.

Mais l’ordre est donné à Powell, well !

En France, on pille les boutiques, tic,

De tout sucre, d’huile, de pâtes, hâte,

En prévision de pénuries, riz…

Quelle aubaine pour Saddam Hussein ! Scène:

Sur le terrain c’est la pagaille, aille !

Quand les coups commencent à partir, tirs;

Les alliés en quelques semaines mènent

Mille bombardements en raids raides,

Noirs oiseaux d’invisibles jets jettent

Des bombes guidées sur la ville vile,

Puis s’en reviennent pleins d’éclat là,

Sans savoir combien d’innocents, cent ?

Restent sous les décombres encore, corps !

Le pont de Bagdad est détruit oui !

Tous les points stratégiques connus eus;

D’après la radio peu de morts maures,

D’ailleurs qui s’en inquiète ? quiets.

Riposte au Scud en Galilée ! laid !

Dans la plus vive consternation, Sion !

Mais seules quelques cartouches touchent.

Alors les nations se rassurent, sûres,

La victoire se dessine enfin, fin,

Leurs soldats atteignent l’Euphrate, hâte,

Heureux que les gaz moutarde tardent…

Devant le nouveau Rubicond, cons,

De ne pas trouver en face d’eux, eux,

Reconquièrent le trône sans l’arme, larmes…

Car tous hagards lèvent les mains, maints,

Affamés seuls dans le désert, errent,

Furieux eux-mêmes contre Saddam, Dame !

Et cela jusqu’à Bassorah, ras.

De ce tigre telle déroute, Out !

Semblait ne pas être possible cible,

Qu’ils se rendent jusqu’au dernier, nié !

Et tout le Koweït repris rit.

Pourtant en Irak des femmes, âmes,

Allaitent comment? des marmots, maux !

Seules victimes d’ogres moustachus chus,

Tout autant de notre pays haï.

Et les sages Persans d’adages, d’âge,

De quoi se nourriront plus tard, tares,

Au sein sec de l’indifférence rance ?

*

Inhumanité

 

Savez-vous quel gouvernement

Pourra faire l’unanimité ?

Tant les camps, contraires, les clans 

Poussent loin l’inhumanité ?

 

Les pauvres  libres? Oui! de voir…

Prospérer partout l’abondance !

Quand eux louent un bout de trottoir

Pour étaler leur indigence !

 

Dans l’alarme, les riches craignent, 

L’infarctus, un cancer malin…

Qu’un gredin moins radin qu’eux vienne

Avec une arme et tue pour rien !

 22797665-personnage-de-dessin-anim-de-voleur-isol-e-de-fond-blanc

Les classes moyennes rançonnées

N’auront bientôt plus que les os,

Pour en pièces jaunes racler        

Jusqu’au dernier yen l’impôt !

 

Savez-vous quel gouvernement,

Impitoyable ou transigeant,

Pourra changer le cœur des gens ?

Riches, pauvres: tous indigents !

*

La culture de la rue

 

La culture se raffine !

Aux pieds des gens qui font…

Sur les murs des latrines…

Autant que dans le fond !

 

De la sorte déroge…   

Mais pourtant interroge !…

Qui donc porte la toge

Où tant d’autres pataugent ?

 

Tags et graffitis

Créent des gouvernements

Éhontés d’infamie…     

Si flagrants de talent !…

 

Les rues en illuminent

Des crus au lampadaire !

Jusque sur les vitrines

Tonitruent l’arbitraire !

 

Sort un riche qui lit Nietzsche

Et paresse à la joie…

Dort un chiche dans sa niche   

Qui paraît sans tracas…

 

Mais quand les deux se croisent,

D’habitude ils s’évitent…

Sitôt rudes se toisent

Chacun suivant ses rites !

*

Cafard d’automne

 

Si j’avais, pour un mois ou deux…

Toute la noblesse…d’un chevreuil,

Que les filles tombaient comme des feuilles,

Mais que je cesse d’être amoureux…

 

Bien assez d’argent, de fortune,

Ramassés tels des champignons…

Sans qu’à mes prunelles marrons

N’étincelle un croissant de lune !…

 

Si j’avais de l’honneur, la classe !…

La monture, le fusil, les chiens…

Mais chasse le bonheur en vain

Ma seule amie dans ma besace !…

 

Aurais-je alors au bout le cran

D’aller à la marre aux canards,

Un soir pour un coup de cafard

Et ne pas me noyer dedans ?

*

Je ferme

 

En rentrant je ferme ma porte,

Même l’été, pour le cas où…

Des gens…des bruits…de toutes sortes…

Comme le vent volent partout…

 

Je ferme fenêtres, volets…

Mais voyez-vous, je me protège…

Sans connaître…sait-on jamais…

Tous ces voyous…des fois qu’il neige !…

 

Je ferme en dormant les paupières…

Ainsi la nuit je me repose…

En gardant dessous l’œil ouvert…

Ce que l’esprit du monde impose !

 

Et je ferme mon cœur…qui sait…

Avec la science, le progrès…

Si par imprudence je mourrais…

Ce que les docteurs y liraient !…

*

In attente

 

Mais j’attends quoi ?

Je ne sais pas !

Que le jour tombe,

Qu’éclate une bombe ?

 

Un bon client ?

Qui tue le temps !

Une jolie blonde ?

La fin du monde !

 

L’apocalypse ?

Au rayon chips !…

Un incendie ?

Que je m’enfuis !…

 

A regarder

Pauvre épicier,

Derrière ma vitre

Tristes et pitres

 

En ceux qui passent,

Ce qui se passe !

L’évolution

Seule des saisons…

 

Mais rien n’arrive !…

Les gens survivent !

Tous se disent:

«A demain!», misent !…

*

La barbe

 

La vie vous rase mécaniquement;

Entrez …elle vous drape le râble,

Et vous case, client suivant,

Dans son fauteuil inconfortable !

 

A mesure, son savon vous barbe !

Sa serviette…(sale torchon),

Sent la confiture de rhubarbe

Qu’elle vous étale sur le menton !

 

Elle pose des questions sournoises ! 

Car en fonction de vos réponses…

Son blaireau sur votre cou croise

Ou sa lame un peu plus s’enfonce ! 

 

Enfin: « Merci pour la lotion !»

Dites-vous et « Combien vous dois-je ?…»

« De rien monsieur…c’est tant…!» selon…

L’expression de votre visage !

*

Trantran

 

Rêves sans fin,

Espoirs trahis

De voir la pluie

Cesser enfin…

 

Lentement bu,

L’été décante

Un verre de menthe

Au PMU…

 

Les gros nuages,

Boules de mie

D’amidon gris,

Moulent des visages…

 

Un jour à l’eau !

Sans rien y faire !

Lui ventre à terre,

Moi sur le dos…

 

Qui dit aimer

S’ennuyant ment !

Je tire au flanc

Mais sans blesser

 

Un pied sur l’autre

Ne va pas loin!

Je mets les mains

Quand je me vautre !

 

Trantran pépère

Au quotidien…

J’irai demain

Toujours j’espère…

*

L’horizon

 

Devant l’horizon qui s’emmure

Je me sens les pieds dans la cage,

Je ne cours plus dans les bocages

Ni ne glane aux sentiers des mûres…

 

Depuis que les champs sont vendus,

Aux constructeurs, aux promoteurs,

Comme un amant sa vue, son cœur !

Comme un oiseau son vent, sa nue !

 

Les gens n’ont plus de territoire;

Dans des enclos gît leur pâture,

Enterrée sous le ciment dur,

Derrière les murs hauts d’abattoirs.

 

Maintenant qu’ils ont disparus,

Sous les homes, les bâtiments,

Mon âme vide complètement,

Erre, fantôme au milieu des grues.

Illustration: www.freellium.wordpress.com

*

Samedi soir

 

Quand le samedi bat son plein,

Le soir, à l’orée de la nuit,

Et le trouve seul, qui s’ennuie,

Sans un copain, promis à rien…

 

Un espoir qui n’a pour tout dire,

Qu’un bon rêve de lendemain,

En cherchant son dormeur enclin

Lui conte une histoire à dormir !

 

C’est alors à lui qu’il se tient,

Qu’il se raccroche à sa main lourde,

Celle à toutes les cloches sourde

Qui le conduit jusqu’au matin

*

Orage

 

A maintenant vingt ans passés,

Dois-je m’attendre, me résoudre

A voir les choses se gâter,

Le ciel tendre ses bras de foudre ?

 

Comment pourrai-je au saut de l’âge,

Tourner courageux, brave au mal ?…

Quand des orages pleins de rage

Tombent en barreaux de métal !

 

Serait-ce ainsi pour me faire taire,

Justement censurer ma fronde,

Que tout comme une mère sévère

Exaspéré le tonnerre gronde ?

 

En tout criminel…et poltron !…

Je guette le pire et j’attends,

Sans avenir, sans illusions,

A venir un coup foudroyant !

 

Soudain j’apprécie les beffrois !

Les clochers à paratonnerres !…

L’espace loin, les pays plats

Aux immensités salutaires !

 

Qu’un éclair zèbre dehors !…

Mes poils transpercent ma chemise…

Ma conscience sale se tord

Comme une serpillière trop grise…

 

Forte tête, je suis revêche !

J’allume en le craignant, le feu,

Et j’enfume, je vends la mèche !…

Je jette de la poudre aux yeux !

*

Les besogneuses

 

L’araignée qui tous les matins

Porte au filet un soin parfait,

Demain le retrouvera plein…

De trous et de fils défaits !

 

Sylphide au long corps affûté,

La guêpe en son fourreau d’émail,

Oxyde à la première ondée   

L’anneau qui lui bride la taille !…

 

La fourmi bûche: creuse, taille…

Inépuisable travailleuse !

Mais paie de la ruche le bail, 

L’instable sort des remmailleuses !

 

Même la mouche la plus vive

Qui sentant s’approcher la main

Au moment de la touche esquive…

N’ira pas chatouiller bien loin !…

 

L’hiver ces petits animaux

Tous irrésistiblement glissent…

Vers l’orifice des caniveaux

Que les colères du temps remplissent…

*

 J’ai tant pleuré ma bonne

 

J’ai tant pleuré ma bonne,

Que j’ai bien rempli d’eau

D’un bon seau dix bonbonnes,

Et autant de tonneaux…

 

Elle est partie tantôt,

Chercher Marie à Beaune…

Ou… que je lui pardonne !

Quelque mari plus beau…

 

J’ai tant pleuré ma bonne,

Qu’au fil des ruisseaux,

Se pourraient mille tonnes

Naviguer en bateau !

 

J’ai beau cherché ma nonne,

Visitant sans repos

Tous les couvents…personne !

Ne l’a sait dans un clos !

 

Elle était si mignonne,

Et d’âme comme il faut

Garantie, plus que trop…

De Dames de Bourgogne !…

 

Je prie donc pour ma bonne,

Que le seigneur d’en haut

N’a pas pris ! Qu’il lui donne

Le cœur d’un hobereau !

         

Mais qu’entre deux sanglots

J’entende qu’elle me sonne…

Pour l’antre du maraud,

Je selle et…j’éperonne !

 

J’ai tant pleuré ma bonne, 

Que sont les marigots,

A mes pieds pour ma bonne…

Ma bonne amie Margot !

*

Le puits

 

En découvrant un puits profond

Caché sous la mousse et le lierre

Qui n’a pas devant ce mystère

Curieux jeté sa pierre au fond ?

 

Quelle belle venait ici naguère,

L’été souvent y appuyer,

Contre sa lèvre un tablier

Pour se rafraîchir à l’eau claire ?

 

Ou rêver brindille à la bouche,

En chantonnant assise au bord,

Lui parler, jeune fille encore,

Le galant plus loin sur sa souche…

 

Peut-être une poulie dorée

Soutenait-elle un seau dessus !

La corde s’est depuis rompue,

Et la manivelle a rouillé !

 

Quand ma grêle a chu tout en bas,

Depuis déjà combien d’années

N’avait-il plus vu se pencher

Sur lui que des humains sournois ?

*

Désastre

 

Ce matin comme de coutume,

Le soleil sur sa nature…dort !

N’a pas revêtu dans les brumes

L’aube de sa chevelure d’or !

 

(J’apprécie tant ses tresses blondes,

Moi qui me blesse sans les miennes !

A tous vents haletants du monde,

Comme à la caresse des peignes !…)

 

Mais sous un voile nuageux,

Tout le jour falot, blafard,

Ne me régale au mieux les yeux

Que d’un halo pâle de phare !

 

J’attends l’obole, lui ne sort,

De la crèche de sa coiffeuse

Qu’à ras du bol, sur les bords

Sans une mèche généreuse !

 

Espérons que, jeune ou vieillard,

La crinière à l’ombre des ormes,

Pour des millions voire…des milliards

D’années encore le soleil dorme !

 

J’apprécie tant ses nattes claires !

(Mes deux pattes devenues ternes)

Mais les vents qui ruent, battent l’air,

Éclatent toutes les lanternes !

*

Couronne d’Automne

 

Reviendras-tu pour nous souhaiter

A la Saint Aimé, bel Automne ?

Pour qu’enfin nous donne l’été…

La charité en ta couronne !

 

L’aumône d’un peu de lumière !

Quand je vois, misère ! la voûte…

Toute entière tomber en pierres

Par terre ces énormes gouttes !

 

Août au cours des routes est passé,

Sans s’arrêter mais en prenant,

Le temps alentours de pisser,

Chaque journée son contenant !…

 

Contents ou non, il faut s’y faire !

Qu’on désespère, qu’on vocifère,

La colère est dans le vent, l’air !

Mieux vaut se taire, s’en satisfaire !

 

Naguère, rarement on sentait

Dès juillet s’énerver les mouches !

Les louches ne dégénéraient

Jamais avant mi-Août en douches !

 

Moins farouche, je t’en prie, veuilles

Ouvrir un œil sur nos âmes

Dame ! anéanties par le deuil,

Soleil ! postillonner des flammes !

*

img_0902

Illustration: www.freellium.wordpress.com

Les hirondelles

 

L’adieu des hirondelles

Aux lignes à haute tension

Scelle la morte saison,

En vieille ritournelle…

 

Et Grand-mère sera t’ elle

De ceux qui reverront,

Dès Mars les oisillons

Sous les toits des venelles ?

 

La vie n’est-elle pas belle,

Quand du creux d’un nid rond,

Hardi pour l’horizon

Un jeune déploie ses ailes ?

 

Mais à l’homme au balcon

Qui n’est pas éternel,

Ainsi viennent pêle-mêle

Ces questions qui le sont…

 

Naturelle, habituelle,

Cruelle migration !

Assaille d’émotion

Les mortels sous le ciel.

*

En prince

 

Au spectacle des frondaisons

Que le vent racle de son doigt,

Les chairs fendues, vertes toisons,

De l’orée fluent, courent sur les toits…

 

Depuis que les pluies n’ont de cesse,

Je vis à l’abri, comme un prince…

Tandis que se cabrent, s’affaissent,

Dehors tous les arbres trop minces !…

 

Alors tant à travers le verre,

Des carreaux que de mes lunettes,

En tirant leur nerf, mes yeux errent,

Pour ce qui vaut mieux que ma tête !…

 

Mais au chaud, nantis, les chanceux

Dont je suis…sortent promptement

Aussitôt les corps douloureux

Qui se sont introduits dedans !

*

VOYAG005

http://www.photo-libre.fr

 Les oasis

 

Quand je cherche au désert

De ma vie amoureuse,

Les oasis heureuses

Où j’ai bu l’eau naguère…

 

Je me souviens de celles

Qui ont bornées ma route,

Presque de chaque goutte

Dont j’ai lapé le sel…

 

Elles m’ont donné le goût,

La force, le courage…

Au delà des mirages

D’aller, le corps à bout !

 

Rafraîchi, soûl, repu,

Je repartais…certain,

De retrouver plus loin

Au moins un puits perdu…

 

Pourtant, les années passent…

Le désir s’évapore !

Les souvenirs dès lors

S’ensablent et s’effacent !…

 

Alors, jusqu’à la Lune,

Devant, raides, sans faille,

Se dresse une muraille

D’infranchissables dunes !

*

La ride

 

Voilà la ride en punition

De l’inhumaine condition !

Hideuses, horribles ses façons !

Chez moi tangibles sur le front !

 

Devant ma photo, je m’effraie

Des défauts de fabrication…

Je suis plus beau qu’il ne paraît !

Réparez ce photomaton !

 

Mais si vieillir est la rançon

A payer pour jouir de la vie,

De la sucette le bâton,

Promis, j’arrête les sucreries !

 

D’ailleurs, qui fait vraiment son âge ? 

A coups de burin, de marteau,

Le patron crée le carénage…

Nous n’en soignons qu’un teint de peau !

 

Voilà la ride en héritage

Encore timide, sans désastre !…

Mais pour en crayonner la page,

Désinscrivez-moi du cadastre !

 

Elle me ferait perdre la face

A continuer de repasser

Sur mes traits et quoique je fasse

Pour sans succès la camoufler !

 

Elle, ne perd jamais son chemin !

Y compris sur les joues arides,

La ride au creux de ses lits vides

Pour les rivières de nos chagrins.

*

La mort

 

 

Autant que le temps soit mauvais

Pour m’annoncer que je m’en vais !

Les pieds devant le corridor

Appelé au delà: la Mort !…

 

Autant qu’il pleuve, autant qu’il neige !

Que j’ai faim, froid, peur et que sais-je !….

Pour n’en avoir aucun regret,

Après l’épreuve, quitter en paix !

 

Mais dans tous les cas, pas avant…

Au moins…mes quatre vingt dix ans !

Puis, que je vois une lumière,

Me convient plus que ne m’atterre !

 

Je n’ai pas tenu les promesses

Des qualités de ma jeunesse ?

Pardon ! Je n’ai cru en aucune,

Pourquoi donc me garder rancune ?

 

Ta patience a baissé les bras,

Ta justice a pointé le doigt !

Pour me désigner la sortie

A suivre content ou contrit !

 

Mais si tout en prenant la porte,

Maints rentrent quand d’autres sortent,

Je partirais alors moins triste,

Certain que partout, l’homme existe !

*

L’heure promise

 

Pardon si je te déshonore !

Mais la prière n’est pas mon fort !

Si j’ai le front de me croire, Père,

Mieux que tu ne me considères !

 

Je sais…la croix du Golgotha !…

Jésus mon Dieu, Ton fils est roi !

Mais ceux qui réclament le Christ

Vont droit chez le psychanalyste !

 

A sa nature l’humain succombe !

N’attend de la mort que la tombe,

Aux pieds des plus grandes églises,

Toujours demain l’heure promise !…

 

A tout craindre et ne pas comprendre

Ce que tu attends comme offrandes !

Plutôt que se plaindre du vent…

Voudrait profiter de son temps !

*

Prince ne cesse

 

Comme les vieillards vont à la messe,

Quérir de Dieu quelques prouesses,

Prier sans cesse sans résultat…

Vivant encore de nos promesses,       

Moi, je suis accroché à toi !

 

Vivant encore de nos promesses,

Des égards de notre jeunesse

A jamais gravés dans le bois…

Tandis que nos châteaux s’affaissent,

Nos rêves, en pierres et en gravats !

 

Tandis que nos châteaux s’affaissent…

Dans mon cœur une dalle épaisse

S’alourdit du poids de ta croix…

Que faire que crier ma détresse ?

Vers qui ?…mes tonnes de pourquoi…

 

Que faire que crier ma détresse ?

De sentir encore les caresses        

Du son mélodieux de ta voix…

Quand la blonde soie de tes tresses

Maintenant file entre mes doigts…

 

Des gens qui viennent, te connaissent,

Contrits jusqu’à la maladresse

Déposent là des fleurs sans joie,

Riches couronnes sans noblesse

Qui ne conviennent pas à l’endroit…

 

Sur le chemin veuf je progresse,

Le froid seul désormais me presse

Au bras plus fort à chaque pas…

Sans jamais m’éloigner, Princesse !

En ma tendresse où que je sois.

*

Héritage

 

Avant de tomber en faillite,

Et que la terre le phagocyte,

De manière lente ou subite,

Demain, plus tard ou tout de suite…

 

Avant que ce corps qui m’abrite

Fuit le confort et m’en acquitte,

Pour une boîte plus petite

Étroite aux pattes des termites…

 

Voudrait, avant qu’il ne me quitte,

Me dire les regrets qui l’habitent:

Que j’ai dépensé sans mérite,

Tout son avoir un peu trop vite !

 

Que personne jamais n’hérite

Du bien dont seul je profite

Aux limites que Dieu suscite,

Sa réussite, ses pépites…

 

D’hématies et de leucocytes !

*

Tout en rien

 

Sous le ciel vide, mais plein d’espace,

D’inconcevable immensité,

D’inconsommable éternité,

Je bride, contiens mes angoisses…

 

Aussi loin que ma vue s’étale,

Devant l’infinité de tout,

La diversité de partout

Me soulage, atténue mon mal !

 

J’adore la foule, la cohue…

Lorsque je ne suis pas dedans !

Les étoiles au mur du néant, 

Me rassurent, me reconstituent !

 

L’atmosphère aux fonds de parfums

Dans l’air à la gloire des vents !

Les trous noirs moins que les blancs…

L’univers, ce profond écrin !

 

Cet inconnu que chaque soir

Je retrouve sur mon trottoir…

Ainsi…j’éprouve à le revoir

Encore un sentiment d’espoir !

*

Les trous

 

Mon Dieu, de toutes parts !

S’il faut que tu répares

Tous les trous de nos bouches !…

Celles qui fuient, celles qui couchent…

 

Ces puits profonds d’ennui

Baillant à l’infini…

Qui chaque jour s’attablent…

Pour rendre l’innommable !

 

Ces vides orifices

A reboucher d’office !

Ces accrocs à recoudre

D’où peut tant l’air sourdre !

 

Dis ! Quelle habileté

Sera habilitée

A reprendre le fil 

De tes vieux évangiles ?

*

Un temps dans l’éternité

 

Le temps: providentielle crypte,

Notre pyramide d’Égypte…

Dans laquelle nous, les mortels,

Résidons à l’abri du ciel !

 

De ce géant d’éternité !

Dont nous ne voyons pas le pied

Qui nous aplatit dans le noir

Inexorablement le soir !

 

Ou le jour vient… son œil blanc…

Inspecte les humains dedans !…

Son regard de lumière brûlante

A travers les pierres branlantes…

 

Désigne, drape l’être à vieillir,

Frappe l’enfant, l’homme à mourir !

Et bien que chacun s’en protège…

Son coup de poing nous désagrège !

 

Le temps ce répit le retient…

Un instant ralentit son train…

Dans le court réconfort du sien,

Tendant devant nos corps sa main !…

 

Pour nous apporter un peu d’ombre !

Lorsqu’au milieu de nos décombres,

Gisant au béton de la chape

Sur notre front le soleil tape !

 

Le temps: providentiel crypte…

Où manants et princes d’Égypte,    

Goûtent avant de trépasser

Un moment d’immortalité !

*

Au feu

 

Dans cette armée

Il faudrait se soumettre

A l’épreuve du feu

Pour gagner du galon…

En s’exposant comme cible.

Une seule balle à deux cent mètres,

Au signal, qu’on pourrait fuir ou feinter…

Une blessure serait respectueuse,

On aurait des officiers d’honneur

Décorés de leurs cicatrices…

Des deuxièmes classes…bons tireurs !

*

Les crottoirs

 

Le jour n’est pas encore levé,

Que pour me garer simplement,

Je ne trouve pas d’emplacement !

Pas moyen d’être le premier !

 

Et je maugrée…tout en marchant,

Préoccupé, sans soupçonner,

Arrivé chez le boulanger

Qu’il n’a déjà plus de croissants !…

 

Et ce n’est guère mieux à côté,

Je fais la queue un bon moment,

Et très en retard en sortant,

Je trouve les trottoirs encombrés !

 

Ah! si je pouvais seulement,

Payer le vent pour m’envoler !

Je suis à la terre condamné

Ici, quelque soit mon argent !

 

Pourtant je n’ai pas à risquer

De déraper sur le ciment,

Où de mettre le pied dedans

En courant pour me rattraper !…

 

Je ne peux même imprudemment,

Prétendre au bonheur de trouver,

Derrière les gens qui sont passés,

De bonne heure le moindre excrément !…

23080316-concept-de-probl-me-impr-vu

*

Routes en rond

 

Sinuez et rayez la planète

Profondément routes en ronds !    

En vous payant toujours nos têtes

Autour de nos destinations !

 

Insinuez vos files de voitures

Partout en ville, au bout du monde !

Jusqu’aux îles par des ouvertures

Dans les intimités profondes !

 

Emballez de ciment, goudron,

Les moindres sentiers et les feignes !

Mais combien de nos compagnons

Sur le tranchant des talus saignent ?

 

Pleins de graisse ou très amaigris,

Nos ischions nous transperceront

Bientôt à force d’être assis,

La peau des fesses, le pantalon !

 

Les gens désertent les chemins

Aux longs cortèges de houblon !

Le klaxon à portée de main,

Désagrègent le champignon !  

 

Les troncs devenus des tronçons,

Des artimons de coins de rues,

Pour concéder l’indication

Aux égarés qu’ils sont perdus !

 

Mais foncez sans freins, foncez donc !

A travers les pandémoniums !

Jusqu’aux confins des déviations

D’où ne reviendront pas les hommes !

*

Babel des gueux

 

Telle était ma grande hantise,

Moi, locataire à Périgueux

D’un lopin de terre promise,

Que quelqu’un me dise: «Vas t’en vieux !»

 

Car j’en ai mouillé des chemises

Dessous les arbres plantureux !

Pour le goût sucré des cerises

Et des jus d’abricot fameux !…

 

L’endroit vaut à mes yeux Venise,

J’en suis tellement amoureux,

Qu’il n’entre pas dans ma valise

Même au prix d’un plus grand ciel bleu !

 

Pas un argent ne rivalise

Avec les soins portés au lieu,

Terre implacablement soumise  

Au dieu de mes reins douloureux !

 

Ces fruits du jardin me suffisent,

Si j’aime, suis, fais bienheureux !

Valent plus que quelques devises

Même en cet humble coin pluvieux !

 

Il vînt un Jeudi, par surprise,

Ce Monsieur! me promettre mieux…

Aux banlieues des façades grises

Le bien être…Babel des gueux !…

*

La dalle

 

Ils sont nombreux tous les grognons

Qui crient du haut de leur immeuble,

Mais ne passent pas le chiffon

Sur le vernis de leurs vieux meubles !

 

Ceux là qui se plaignent qu’il pleut !

Aux couloirs que nous salissons…

Mais ne daignent devant chez eux

Jamais secouer leur paillasson !

 

Internet, journaux, télé…

Ils savent, braves citoyens !

Tout des caves de la cité

Jusqu’aux toilettes des voisins !

                   

Ils ne disent jamais bonsoir,

Si ce n’est que d’un coup de canne

Qu’il nous mettrait bien quelque part…

Ou dans les roues de nos bécanes !

 

Sans se retourner derrière eux…

Que sur leurs potins, leurs histoires,     

Même zinzins, sourds et bigleux,

Et ce qu’ils ont envie de voir !

                                                

Contre les jeunes dont le bruit,

Les cris, jobarderies du soir…

Les agressent pis, les aigrit,

D’autant plus qu’il se fait tard !

 

Mais parce qu’ils n’ont plus de jardins !

Qu’aplaties en bandes ici,

Des dalles de béton, des gradins,

Comme une grande calvitie !

*

Au parlement

 

Quand les gros bonnets s’éveillaient

Au grand palais des boniments,

Gaillardement ils envoyaient

Aux dais Ariane et règlements !

 

Car pendant que l’un discourait

Sous les quolibets constamment,

D’autres, impertinents, jetaient

Lois et décrets au firmament !

 

Alors forcément, sans arrêt,

Du sommet le plus dominant,

Le président réprimandait

Ces garnements mais…vainement !

 

Et pour voter, ces grands dadais…

Se tournaient vers papa…maman !

Puis en rang de boutons suivaient

Au mot près ses commandements.

*

Le franc

 

Le Franc, Monsieur Bérégovoy,

N’a pas je crois le nom qu’il doit !

Que je n’ai pas d’argent, moi, soit !

Mais tous les portemonnaies plats !

 

Alors qu’on voit tous nos billets,

Quitter nos poches, nos livrets !

Pour aller où ? La gauche le sait:

Gonfler celle de votre budget !

 

Votre impôt généralisé,

Je veux le payer! permettez !

Et la taxe foncière, tenez !

Volontiers pour tout mon quartier !

 

Oui, Monsieur le super ministre !

Les chômeurs sont altruistes !

Mais n’allez pas austère, sinistre,

Vendre de la rigueur à Istres !

*

Lionel J

 

Ne t’inquiètes pas mon Lolo !

Tu sais bien que ta Marseillaise

On va pas te la chanter faux !

T’en faire un plat de mayonnaise !…

 

D’autres gouvernements plus tôt

L’ont souvent relevée d’un dièse,

Et nous ont fait chanter plus haut,

En restant assis sur leur chaise !

 

Ta bouteille de sirop de fraise

N’a pas assez flotté sur l’eau !

Des fils encore veillent les braises

Qui rougissent leur lame de couteau !

 

Mais ne t’en fais pas mon Lolo,

Si nous ne sommes qu’un sur seize

Parmi les hommes qui préfèrent l’eau

A la vinasse d’autres fadaises !

 

Mais nous voulons sortir du lot !

Confiants au bord de la falaise,

Tu viens nous taper dans le dos

Avant! nous prendre notre pèze !

*

Michel R

 

Dis! Vas-tu bientôt revenir ?

Mon p’tit Miro, mon quart de gros !

Avec ta façon de nous dire

Que les Français sont les plus beaux !

 

L’autre à plus de soixante dix berges,

N’a plus lui le cœur à la rame !

C’est par bonheur qu’encore émerge

Sa tête au dessus de la lame !

 

Mito a trop roulé les boss…

A force de dissolutions,

Devra bientôt laisser les gosses

Et partir sans solutions…

*

Le pet

 

Alors que le prêtre officiait

Un matin dans la cure,

Résonna un gros pet,

D’un c’est sûr qui n’en avait cure !…

 

Tout le monde se figea,

La chose étant inopportune,

Un silence prude tomba,

Mais de l’infâme, trace aucune !…

 

Le prêtre sermonna,

Menaçant d’informer l’évêque !

Un paroissien si bas,

On ne pourrait pas vivre avec !…

 

L’un dévisageait l’autre

Avec un regard circonspect,

Mais de Judas l’apôtre

Comment confondre le suspect ?

 

Excommunier se peut !

Surtout qu’à cent lieux à la ronde,

Les ragots des aïeux

Feront tantôt le tour du monde !…

 

Du premier rang jaillit

De quoi repolluer l’atmosphère !

Des bancs derrière aussi

Quelques accusations fusèrent !…

 

L’assemblée se disperse,

Là dessus, pleins de suspicions,

C’est l’ordre qu’on bouleverse,

Peut-être la révolution !…

 

Plus tard, de sous l’autel,

Purgé sans doute de mauvaise herbe,

Raide et pestilentiel,

S’extirpe un gros chat, l’œil acerbe…

 

Le digne mistigri,

Se repérant tant bien que mal,

Choisit pour sa sortie,

De passer par l’allée centrale !

*

Blasphèmes

 

Dans un petit hameau, et par dessus la rue,

Deux rustres, deux vilains… s’envoyaient l’anathème…

Parfois serrant le poing, puis du geste qui sème:

« Au Diable vieil escroc ! », « Maudit sois-tu ventru !»…

 

Juste passe un bon vieux…prélat à bicyclette…

Pour un salut seyant, se découvrait déjà…   

Mais comme ces mécréants étaient très maladroits, 

C’est lui le malheureux qui prit tout sur la tête !

 

Un peu plus loin, deux femmes s’entreprenaient de même…

Alors que, non sans mal, Monseigneur estourbi,

Retrouvait ses pédales…avec un peu d’esprit…

Ces diligentes dames, l’entartrèrent à la crème !

 

Ce n’est que par miracle, et le nez plein de terre,

Qu’il pût sauver sa peau, à pied, courbant l’échine,

En portant sur son dos le poids de sa machine…

Dans un triste spectacle…rentrer au presbytère !

 

Depuis, son Excellence, lasse de ces blasphèmes,

Ne sort de son repos que pour de rares offices,

Et garde le silence sur les méfaits des fils…

Dont il avait plus tôt aussi reçu baptême.

*

Wagon de préjugés

 

Dans mon wagon de préjugés

Que de resquilleurs de billet !

Les trains exprès sont retardés,

Ou fuient les aigreurs du sifflet !   

 

Un amoureux sans doute déçu

Du pli défait de son mouchoir

Las, secoue  le coûteux tissu,

Mais sans envie de la revoir…

 

A moitié soûls, des militaires

Juste en retour de permission,

Vu leur bagout et leurs manières

S’en vont faire la cour…au savon !

 

Une étrangère à la vie lit,

Des écouteurs dans les oreilles;

En l’atmosphère de son pays

Qui lui parle au cœur, l’ensoleille.

 

Grimaçant, un cruciverbiste,

Inquiet que quelqu’un ne le voie,

Jette un coup d’œil en fin de liste,

Et discret compte sur ses doigts…

 

Un peu plus tard, un sourd-muet,

Sans le devoir prend un soufflet

De l’armoire qui le bousculait 

Pour n’avoir pas dit « s’il vous plaît ! »…

 

Un prêtre qui fait sa prière,

Et n’en finira pas la nuit,

Des Ave Marie, des Pater…

Des fois que notre Père l’oublie !

 

Un parent d’élève qui rêve…

Et ne s’alarme de rien, dupe…

Quand la fille de charme lève

La jambe sous un pan de jupe…

 

Dans son coin, un non fumeur tousse

A chaque secousse du train !

Mais cette laide couleur rousse

Au pouce révèle l’ancien…

 

Dans mon wagon de préjugés

Que de resquilleurs de billet !

Les trains exprès sont retardés,

Ou fuient les aigreurs du sifflet 

*

Rz_MAISO026

http://www.photo-libre.fr

Soûl sous

*

Un soûl est un «sou» me dit-on !

D’accord, il est comme lui…rond !

Mais son demi n’en vaut pas qu’un,

Que le soûl bien paye à la fin !

 

Si donc un soûl vaut plus ou moins…

Avant qu’un coup n’en vaille vingt

Tout en prenant de la bouteille,

Combien pour lui les verres d’eau seyent !…

 

Et quand il a bu tout son soûl,

Qu’il a mangé ses quatre sous,

Pièces d’étain comme écus d’or,

Repu le soûl sur son cul dort !…

 

Le soûl ramassé sous la table,

A cette odeur insoutenable

De traîtrise et vomissements 

Un long nez rouge sur son loup blanc !…

 

Un soûl ne vaut vraiment comptant

Qu’en pièces pour les mécontents !

… A peine un cent de charité

Pour la messe qu’il a chanté !…

 

Jamais un soûl ne vaudra mieux !

Car encore bourré jusqu’aux yeux,

Pour un sou n’est pas économe

Et verse au trou son écot d’homme !

 

Et quand on lui rend sa monnaie,

Le soûl se prend pour plus qu’il n’est !

Pour l’étalon d’un gros billet,

Le patron, Napoléon…mais…

 

Mais sans le sou ou souverain,

Le soûl c’est vrai n’est pas radin !

Devant gai ou dessous chagrin,

Ne désavoue pas les copains !…

 

Voilà pourquoi les soûls sont pleins !

Mais qu’il en avale cent ou vingt,

S’il ne tient pas droit sans les mains,

Au bout un soûl ne vaut rien, point !

*

La bête

 

Si tu me cherches sans arrêt… 

Lentes et poux sous la casquette…

La vie durant, des jours complets,

Même les nuits, Dimanches, fêtes !…

 

Ce que j’ignore, ce que je sais…    

Qui me soucie, que je regrette…

Qu’à coups de fusil, pistolet…     

Tu m’envoies, projettes à la tête !

 

De broutilles en procès

Des chimères, des sornettes…

Sans fondements avérés, vrais,

Cent fois pourtant que tu répètes…

 

Et si j’en ai assez, de fait !

De leur cadavre, leur squelette…

Autant que de plats et d’assiettes…

Plein la grange, plein la charrette !…

 

Je m’interroge alors de près…

J’introspecte inquiet et j’enquête…

Pour savoir où s’est cachée, fraie

En moi l’ignominieuse bête !

*

Tic tac

 

Plus fidèle qu’un tic

D’ouvrage mécanique,

Les hommages aux défunts

Du ciel gris de Toussaint…

 

Honore chaque année

Les caveaux repeuplés

D’eau sur les sépultures,

Les morts…de moisissures…

 

Si l’un juste qui meure

Est bien couvert de fleurs !

Dût-il à sa sortie

Se défaire des orties,

 

D’autres n’ont plus l’espoir     

A jamais de revoir

Suinter les moins étanches

D’entre leurs quatre planches…

 

Et ce constat sinistre,

Rend tous les maçons tristes !

Le temps fond goutte à goutte,

En tics tacs moult.

*

img_1760

Illustration: www.freellium.worpress.com

*

Terre de boue

 

Sur la terre debout

Ma vie de bout en bout,

Je n’en vois plus le bout

Derrière un début doux…

 

Roué, mis au rebut,

Le dégoût cru me noue,

Tous les ragoûts sans goût,

Dans ma rue, l’égout pue !

 

Je suis à bout, je boue,

Ou je me voue sans but

Et partout je m’englue !

Rien de plus ne m’engoue !

 

Sur la terre de boue

Terre qu’on troue, qu’on tue,

Qu’on voue au nu des nues,

Au je, imbus de nous !

*

Pourquoi Madame

 

Pourquoi Madame s’il vous plaît,

Le nez dans votre grand mouchoir,

Venir devant cette âme en paix

Vous lamenter dix ans trop tard ?

 

Quels qu’aient été ses sentiments,

Il ne pourra, même à regret,

Sortir les bras de son gisant

Pour vous enlacer désormais !

 

Que la pluie tombe encore dessus

Au printemps n’étonne personne !

Et sur sa tombe répandue,

Votre peine autant impressionne !

 

Assez de fleurs, de plantes vertes…

Que le vent aucune n’épargne !

Son défunt cœur à tout inerte,

Même en bien opportune hargne ! 

 

Heureusement qu’en son abri,

Contre tant de chagrin dissout,

Le marbre de sa pierre poli

Protège les vers de son trou !

 

Allez !…ne restez pas nu-tête

Ici, sous les intempéries !

Pour au plus tôt, soyons honnête…

N’être à lui jamais réunie !

*

Super

 

Qu’ajouter encore à super ?

Derrière hyper et au delà ?…

Qui n’ait pas existé déjà ?

Quoi de plus extraordinaire ?

 

A tant et trop surenchérir,

Sur les sentiments par des mots,

Ce qui prévaut part à vau-l’eau :

Le sujet dûment à chérir !

 

La simplicité la plus noble

Devant les oh! de l’assistance,

Vise des hauts de transcendance !…

D’où la loyauté se dérobe !

 

Chacun s’use à ne plus savoir

Parler simplement, à voix basse !

Amuse, abuse…à la fin lasse !

Quand il n’y a plus rien à boire !

 

Combien de vœux, de serments liges ?

Finalement un jour trahis…

Sans que l’amour reste à la vie

Le bien que rien de mieux n’exige ?

 

Oui ! Tout ce que nous avons fait…

Donner Cassandre à Barbe bleue !

Si la flamme ne fait plus le feu…

De la cendre jusqu’aux chenets ?

*

Les gens de qualité

 

Il y a des gens de qualité,

Mais qui font défaut quand il faut !

Il y en a…des quantités !

Parfois de bonne volonté !

Dont le seul défaut de trop

Est juste d’en avoir assez…

Pour en faire alors…un peu moins…

Toujours davantage…et…plus rien !

*

La liberté

 

Permettez qu’ils avancent

Opprimés, miséreux,

Et sans vous faire offense

Seigneur ! droit dans les yeux,

 

Pour vous dire qu’ils ne sont

Sur terre pas un millier…

Mais pire, des millions…

A vouloir adorer !

 

S’il vous plaît autrement

Qu’à la queue leu-leu, mieux

Qu’agenouillés devant

Des portraits camaïeux !  

 

La liberté, mon Dieu !

Qui doit, ce droit sacré,

Se donner à qui veut

Le bonheur tout entier !

 

On ne peut c’est certain,

Ne l’effleurer qu’un peu !

Comme sur le satin,

N’y poser que les yeux !

 

On en écrit sur elle,

Des rouleaux de papier

Pour des fonds de poubelle 

Aussitôt imprimés !

 

De tous temps, en tous lieux,

Des hommes bien des fois,

L’ont cherchée…dans les cieux,

Curieux ou pleins de foi !

 

Au fond de trous perdus

Des endroits ténébreux… 

N’en sont pas revenus

Sinon fous ou gâteux !

*

La rongeuse d’os

 

Quand elle viendra sur moi, l’atroce !

La féroce rongeuse d’os,

Je lui montrerai, ce molosse…

Mes vaccins dont le tétanos !

 

Quand elle viendra, avec sa crosse,

De force me tailler les chausses !

Il faudra d’abord qu’elle me rosse

Et je suis un gars dur aux bosses !

 

Quand elle fondra sur moi, véloce,

Habillée, grimée comme à noce,

Pour me proposer son carrosse !

Nenni ! Toutes ses dents sont fausses !

 

Pour qu’elle puisse tenir, la rosse !

Cette carabosse des gosses,

L’assiette sur un balai-brosse…

Il faudra qu’elle maigrisse, la grosse !

 

Elle ne pourra, la bouche-fosse !

Thanatos m’offrir gratos

Qu’une terre à pourrir les cosses !

Et ce n’est pas encore au POS !

*

Rz_MAISN001

http://www.photo-libre.fr

Soir de réveillon

 

Ce soir c’est fête ! Et dirait-on,

Pour lui sa femme a la splendeur…

D’une bonne dinde au marron !

Du persil, il lui fait des fleurs !

 

Elle porte pourtant mieux la robe

Que le gras ne sied à la viande !

Plus de bagues et de colliers snobs

Qu’un sapin ne peut de guirlandes !

 

Il a pour elle un tendre aveu :

Ce soir, il lui dira qu’il l’aime !

Comme après un plat délicieux,

Qu’il en prendrait tel un deuxième !

 

Minuit ! Le champagne doré

Frais, pétillant gagne l’iris

Des deux convives attablés

Aux lueurs d’un vieux chandelier.

*

Le vieux gaulois

 

Vieille mule têtue, mutine,

Le paysan bon cru s’obstine,

Et tient ferme malgré les ans

A sa ferme, à son bout de champ !…

 

Comme son coq, fier et…couard !

La barbotière sans canards…

Plus loin que son poulailler craint

D’être aussi mangé par les chiens !

 

Mais tant que fumera son toit !…

Qu’éternellement à ses doigts

De terre et de crachat souillé

Le mégot restera collé !…

 

La toux peut lui brouiller les yeux,

L’habit cache son torse creux !…

Qu’il s’entête ici se conçoit !

Il est né jadis en ce mas !

 

Bien qu’ayant rouillé son ressort,

Et se pliant au vent du nord,

Le vieux gaulois dont la crête hoche

Garde en bois toute sa caboche !…

 

D’un coup de fusil l’abattrait !

Illico ce traître poulet !…

Cocu si, de potron-minet…

Cocorico ne l’éveillait !

 

Publicités

5 réflexions sur “Après tout

    • Je suis vraiment fier que tu aies lu tout cela car mis bout à bout ces textes sont longs, tous différents et suivre le fil de ma pensée n’est sûrement pas chose aisée. Sache qu’ils sont les témoins de ma vie et je les ai écrits tantôt avec humour tantôt avec mélancolie mais jamais avec désespoir même en abordant des thèmes sombres. Jouer avec les mots, construire a toujours été ma démarche prioritaire.
      Mais bigre! ton com m’enchante, et j’essaierai de participer de mon côté à ta propre entreprise avec mes moyens, puisque la tienne est d’ordre plus variée et plus universelle. Merci vraiment de ce soutien et….bisou.

      Aimé par 1 personne

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s